Qui, parmi nos contemporains, pourrait ne serait-ce que songer à une vie sans État ? Presque aucun, sans nul doute.

Pourtant, les États qui couvrent actuellement la planète, au détriment des libertés et du bonheur des familles et des personnes qui composent ces dernières, ne sont que d’institution récente. Quelques menus siècles en arrière, il ne s’en comptait aucun – ou peu s’en faut.

L’État ne coule pas de source

Non seulement l’État ne coule pas de source, mais encore il est né de la dernière pluie.

En la matière, nous ne pouvons que conseiller la lecture d’un ouvrage aussi remarquable qu’il est accessible, signé par le professeur Hans-Hermann Hoppe. Il s’agit d’une traduction française d’articles et essais choisis, intitulée La Grande Fiction. L’État, cet imposteur. Son ampleur intellectuelle est telle que l’ouvrage a pu être loué jusque dans des milieux où l’on ne se serait pas attendu à de telles louanges.

Il n’aura pas échappé aux plus sagaces que le titre de l’essai est emprunté à une citation du député gascon Frédéric Bastiat : « L’État est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde « (nous citons de mémoire). Aujourd’hui, un bon siècle et demi après cette constatation prophétique, les choses ne sont que plus palpables – bien que les aveugles pour ne les pas voir soient chaque jour plus nombreux.

La dette, publique comme privée, est stupéfiante ; elle dénote en filigrane d’une faillite théorique, le système n’étant conservé que par l’entretien médiatique du minimum de confiance nécessaire. Les nantis du jour, bons qu’à engloutir du morbier de supermarché, pourtant si malheureux (il suffit d’étudier la consommation en antidépresseurs et divertissements de toutes sortes) et si peu libres (un moindre mot de travers est, dans nombre de domaines, passible des tribunaux républicains), ne doivent leur minimum de confort qu’en l’empruntant sur le dos des générations suivantes. C’est le monde à l’envers, car jadis les aînés préparaient la situation de leurs enfants. Désormais, c’est exactement l’inverse, et pas uniquement dans le trop célèbre système des retraites par répartition…

Un roi sans État ?

Dans ce contexte, il apparaîtrait inutile de restaurer dans les royaumes de France et de Navarre un roi qui resterait chef d’État. Ce serait un bis repetita de l’échec de la Restauration, qui pourtant avait hérité d’un État infiniment plus faible – « libéral » pourrait-on dire. Il n’y aurait pas grande différence avec l’Espagne ou tant d’autres monarchies étatiques stériles et inutiles – au mieux !

Non, il faudrait mettre fin aux aberrations et aux contradictions internes à la notion même d’État. Celles-ci sont nombreuses, mais résumons-les autant que possible.

D’abord, l’État prétend disposer d’un monopole de la violence légitime en se posant en seul décideur en ultime instance. Problème : lorsque l’État est partie, il est aussi juge. On en voit tous les jours les conséquences nécessaires : la puissance et le périmètre de l’État ne cessent de croître, conformément à ses desseins (à ceux qui en manient le pouvoir, et profitent des richesses qu’il soutire). Il faut lire derrière ces mots l’oppression.

Ensuite, l’État veut plaire en prétendant protéger les propriétés et les propriétaires contre les abus, les attaques, etc. Or, si un voleur peut enlever un bien, l’État ne protège pas non plus ce dernier dans la mesure où par son fisc il en prélève périodiquement la valeur. Quelle drôle de protection recherché que celle qui consiste à abandonner son bien à son protecteur… !

Enfin, l’État flatte les passions individuelles en accordant aux individus des libertés, quand bien même celles-ci seraient comme aujourd’hui sources de désordres sociaux et à l’encontre du bien commun. Dans tous les cas, le soutien de ces passions et pseudo-libertés passent par la suppression des liens et freins sociaux naturels, donc dans la lutte contre les familles qui elles – vraies sujets de droit et de fait – perdent toute liberté et même toute existence.

Ces trois contradictions internes au concept rendent impossible toute vie juste et saine dans un contexte étatique. Cela n’a cependant rien à voir avec l’anarchie, car au contraire les sociétés humaines se sont de longs millénaires durant gouvernées sans État, avec des dirigeants personnels, réels, de chair et d’os, ne touchant qu’à la sphère temporelle propre au bien commun des sociétés. C’est toute la distance qui sépare la Cité (avec son regnum, sa loi naturelle et divine, ses coutumes) de l’État (avec ses fonctionnaires et ses chimères législatives).


3 pensées sur “Les contradictions de la notion d’État”

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