Il ne faut pas se fier aux apparences : les petites têtes blondes n'abritent pas des esprits angéliques…

Jusqu’à il y a quelques semaines, le code civil de la République française évoquait un « droit de correction » des parents à l’égard des enfants. Cette disposition avait déjà de quoi sembler très tendancieuse, car d’autres époques davantage policées et civilisées auraient volontiers parlé d’un devoir de correction au sein de la famille. La Bible elle-même avait enseigné : « Celui qui épargne son fils des verges ne l’aime pas ; mais celui qui l’aime, s’applique à le corriger » (Proverbes, XIII, 24). Un vague rappel s’y trouve dans la correction fraternelle évoquée par saint Paul, laquelle ne pouvait être qu’infiniment plus douce et tendre qu’une correction paternelle, l’autorité n’étant pas de même ampleur dans un cas et dans l’autre. Toutes choses rayées d’un trait de plume par les modernes législateurs de la République française.

Un vote parlementaire tout à fait dans l’air du temps

Ce que pensent vraiment les Français, nul ne le sait, en fin de compte. Mais l’opinion publique qui dirige le monde, étalée dans la presse autorisée et dans les écoles, tout le monde la connaît. Malheureusement, on finit par s’y habituer et penser comme elle… c’est pour cela qu’elle existe et sait manier la méthode douce, travaillant sur le long terme.

Le 2 juillet 2019, le Sénat a validé un loi déjà votée par l’Assemblée nationale. Son objet porte à « l’interdiction des violences éducatives ordinaires ». On constatera que l’État, par ce vote même, utilise à dessein son propre monopole de la violence légitime, en refusant toute autre forme de violence qui ne serait pas la sienne…

Les journaux ont d’emblée évoqué « l’interdiction de la fessée », châtiment sans doute emblématique. Pourtant, le texte évoque bien d’autre chose et s’évertue à saper l’autorité parentale – non seulement dans son exercice, mais dans son objet même. Outre la fessée, ce sont les privations de nourriture, les menaces, les pincements, les gifles ou encore le chantage qui sont visés. On condamne également les « violences physiques ou psychologiques » en général, une formulation fourre-tout qui laissera aux juges de la République tout le loisir d’abuser de ce texte dans les décennies ou siècles à venir.

Pour l’instant, la loi en question reste symbolique, dans la mesure où aucune sanction ou peine ne lui est associée. Mais cela viendra en son temps, une fois que cette disposition scandaleuse aura joui d’un peu d’ancienneté. Le texte en sera d’ailleurs lu dans les mairies à l’occasion des « mariages civils » (nom prêté aux concubinages républicains). Cependant, dès à présent des juristes évoquent la possibilité pour les magistrats les plus mal intentionnés de recourir à l’article 222-13 du code pénal s’attaquant aux violences commises sur des mineurs de moins de quinze ans. De même, un juge des enfants pourra être arbitrairement saisi par un procureur de la République. C’est une ingérence inadmissible dans les sociétés domestiques, et une invitation à l’abolition de la vertu par l’interdiction de la correction du vice.

Plus d’éducation possible dans la légalité

Oui, qu’on se le dise : en appliquant à la lettre une telle directive, plus aucune éducation digne de ce nom n’est possible.

Que choisir entre plusieurs millénaires de civilisation et la Bible d’un côté, et les chimères de législateurs républicains en mal d’enfants de l’autre ? Je ne sais pas vous, mais chez moi le bon sens et la prudence m’imposent naturellement d’abonder dans la première direction.

Il ne s’agit pas de cruauté, de violence gratuite ou de battre ses enfants, toutes choses plus condamnables encore que la récente législation maudite dont nous parlons. Mais ces abus ne font pas du tout partie du champ de la correction des enfants, laquelle est là pour réprimer le vice, les mauvaises habitudes et les passions. Bien au contraire, la violence cruelle et le battage attestent de l’absence de correction – à commencer par la sienne, puisque chacun doit crucifier sa chair. Celui qui s’y abandonne n’a généralement pas été corrigé dans son enfance, et il a dans bien des cas pas été éduqué du tout. C’est là un cas de figure que la législation contemporaine encourage malheureusement à outrance.

Les enfants ne sont pas des anges. Ils sont des êtres humains, nés avec le péché originel et la concupiscence qui l’accompagne (même pour les baptisés). Or, de nos jours, la folie rousseauiste de l’homme naturellement bon a été recyclée à l’attention de l’enfance. L’essayiste Philippe Muray le déplorait. Non, les enfants ne sont pas « naturellement bons ». Ils expriment des égoïsmes, de l’orgueil, des passions, des fautes, des mauvaises habitudes, des désirs indus, etc., que l’autorité parentale a le devoir de réprimer. Avant l’âge de raison, l’enfant en bas âge est incapable de comprendre réellement des raisonnements ; entre élevage et dressage, d’après des expressions utilisées jadis par ceux qui laissaient des enfants nombreux, heureux et bien élevés (contrairement à leurs modernes contempteurs urbains qui ne laissent que ruines derrière eux et vivent aux dépens des générations suivantes), il convient alors de faire preuve d’une saine fermeté, en toute maîtrise de soi, sans toutefois soi-même punir sous l’effet de la passion (ici, la colère).

Le châtiment (dont l’objectif, étymologiquement, est de rendre chaste ; en plus de la punition qui vient punir une faute, en vue d’en faire satisfaction pour que la justice et l’ordre des choses soient restaurés) doit évidemment être proportionné à la faute. Son existence, nécessaire à l’éducation et à la vertu des parents comme des enfants, que ce soit par son exercice ou par sa seule possibilité, n’empêche pas le recours à l’encouragement ou à l’explication.

Mais il est vrai que bien peu de parents savent se mortifier eux-mêmes, ce qui serait déjà un bon début pour une société domestique en ordre… Et puis, la simple correction dans le langage, l’attitude, les mœurs et la vie société n’a elle aussi plus le vent en poupe…

2 pensées sur “La correction n’a plus le vent en poupe”

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