Sur ce coup, nous pouvons vraiment nous enorgueillir d’avoir tout pressenti dès le départ – comme énormément de Français un tant soit peu avisés au demeurant. Par le plus grand des hasards, nous avons eu connaissance de l’attaque au couteau perpétrée au sein de la préfecture de police de Paris jeudi dernier 3 octobre 2019 quelques instants après les premières publications des faits. Or, nous avions été extrêmement surpris de ne rien lire, parmi les dépêches disponibles, sur un éventuel acte islamiste, le contraire étant même affirmé (acte isolé, vengeance d’un handicapé ou que sais-je…), tandis que toutes les circonstances abondaient en faveur de l’attentat prémédité et dûment motivé.

Le facteur du contexte

Induction et déduction sont deux modes de raisonnement tout à fait légitimes dans les ordres qui leur sont propres ou compatibles.

Le jeudi 3 octobre 2019, entre midi trente et une heure et demie, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris poignardait plusieurs de ses collègues, faisant cinq morts (l’un a succombé à ses blessures et ne figurait pas dans les premiers décomptes divulgués).

La version officielle faisait état d’un Français d’Outre-Mer agent administratif au service de la direction du renseignement de la préfecture, répondant au nom de Mickaël Harpon, à l’œuvre depuis 1993, handicapé par une surdité, ayant en quelque sorte pété les plombs en partie à cause de ce handicap et d’une carrière ralentie, version corroborée avec des déclarations de son épouse. À l’unisson, la presse voulait écarter la thèse islamiste, et c’est à peine si son apostasie en direction de l’islam dix-huit mois environ avant les faits était évoquée à la fin de quelques dépêches jeudi soir ou vendredi.

Pourtant, de très nombreux éléments montraient dès le départ que l’acte était vraisemblablement un attentat terroriste prémédité. Il s’agit d’un faisceau d’indices graves et concordants qui, pris ensemble, ne laissaient que peu de place au doute :

  • le lieu du crime : une tuerie au sein de la préfecture de police n’est pas chose courante, surtout dans une unité de renseignement ayant nécessairement trait aux questions de terrorisme et d’islamisme : c’est une cible de choix, ayant tous les traits d’un acte de guerre ou crime punitif à l’instar de la descente dans les locaux de Charlie Hebdo, que toute organisation islamiste aimerait pouvoir frapper pour intimider ;
  • l’arme employée : la méthodologie du terrorisme islamiste consiste à frapper partout et par tous les moyens, y compris les plus « simples », du bord, de sorte que le couteau s’est largement imposé ; le fait que le meurtrier ait pris avec lui un couteau de cuisine, en céramique afin de déjouer les détecteurs de sécurité, atteste de la préméditation de l’acte ;
  • le mode opératoire : la terrible efficacité des coups de couteau, en un faible laps de temps, tend à montrer que le terroriste s’est renseigné ou a été renseigné quant à la manière donner la mort et des coups potentiellement mortels à ses victimes (sans parler de l’égorgement rituel dévoilé plus tard) ; en outre, le choix de la plage horaire, en vue de frapper au moment le plus propice, montre une fois de plus la préméditation raisonnée d’un crime qui ne pouvait être une simple vengeance impulsive ;
  • la liquidation du terroriste : le fait qu’un gardien ait abattu d’une balle dans la tête le meurtrier montre que ce dernier n’en avait pas fini et avait probablement donné des signes de son motif (façon « Allah akbar ! », comme on l’a appris plus tard pour le voisinage de Gonesse), la liquidation étant semble-t-il aujourd’hui le mode de neutralisation employé face aux terroristes, un policier de cette qualité étant sans doute en position de mettre l’assassin hors d’état de nuire par d’autres blessures.

Puis, au fur et à mesure des informations divulguées :

  • la conversion à l’islamisme du terroriste près d’un an et demi avant les faits (sue le 3 octobre vers 18 h 00, Marine Le Pen – connaissant vraisemblablement la vérité par des fuites – s’exprimant ensuite pour mettre la pression sur le gouvernement), et depuis il est question d’une quinzaine d’années ;
  • l’origine marocaine et la religion musulmane de l’épouse du terroriste.

Sont arrivées ensuite des informations sur l’approbation de précédents attentats islamistes, ou encore sur le refus du sieur Harpon de saluer les femmes.

Là où le scandale commence

Eh oui, de nos jours, les scandales n’éclaboussent plus la vie politique (quel que soit le bord ou le parti au pouvoir d’ailleurs, tant les « affaires » sont courantes, grosses et permanentes.

Une actualité en chasse une autre, et les ombres de l’incendie de Notre-Dame de Paris ou encore le sort de Benalla sont déjà enterrés, tandis que la présente attaque au couteau « fou » sera oubliée de presque tout le monde à la Noël.

Pour le gouvernement, l’attentat de la préfecture de police arrivait à un mauvais moment : quelques jours avant le débat sur l’immigration devant l’Assemblée nationale, et le lendemain d’une manifestation policière ayant rassemblée près de 30 000 personnes. D’où l’incroyable position prise par la préfecture au départ : « La préfecture de police reste extrêmement prudente sur la piste terroriste » ; « la piste d’un différend d’ordre privé était aussi évoquée, sans qu’aucune source officielle ne le confirme. Dans une confusion totale, certains parlaient jeudi d’une “peine de cœur” », commentait Le Figaro le 4 octobre.

C’est ainsi que l’enquête a été confiée par le procureur de Paris à la « simple » Brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire, pour des homicides et tentatives d’homicides contre un individu décédé que d’aucuns voulaient présenter comme un fonctionnaire modèle apprécié de ses collègues – alors même que le parquet antiterroriste avait flairé le manœuvre et s’intéressait de près à l’affaire.

Le problème posé est immense : le loup s’est infiltré dans la bergerie, si l’on peut parler de « bergerie » à propos de la préfecture de police, service de l’État. Les islamistes sont capables de recruter partout, y compris dans le « secret Défense ». Il s’agissait qui plus est d’une cellule sensible : le terroriste a pu protéger d’autres islamistes, et divulguer des informations de nature à entraver la lutte antiterroriste – ce qui motivait sans doute le ministère dans son désir de masquer initialement les faits. Cela atteste aussi de la peur de l’accusation en islamophobie, car un inspecteur de la radicalisation aurait demandé aux collègues de l’assassin de faire part de leurs doutes à leur hiérarchie commune – peine perdue.

Depuis, la ficelle est trop grosse. Des messages islamistes échangés avec l’épouse, donc menteuse dans ses premières dépositions, découvrent la baleine sous roche. Au domicile de Gonesse, des fichiers informatiques ont été découvertes : des coordonnées de fonctionnaires auraient ainsi pu être partagées avec des réseaux islamistes. Le prédicateur salafiste proche du couple aurait en outre dû être expulsé du territoire, décision jamais appliquée. Et ce n’est peut-être pas fini…

Une pensée sur “Attaque à la préfecture de police : l’attentat cousu de fil blanc”

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