Le 6 octobre 2019, une importante manifestation a réuni à Paris des centaines de milliers d’opposants à la nouvelle législation annoncée sur la PMA. Dans la guerre des chiffres, c’est le moment de faire un bref point sur cette première mobilisation qui, d’après les observateurs de tous bords, a été une démonstration de force en grande partie imprévue pour l’inauguration du mouvement de contestation, dont les faiblesses théoriques sont toutefois réelles.

Dizaines de milliers ou centaines de milliers ?

En France, on le sait bien, chaque manifestation fait l’objet d’une guerre des chiffres plus ou moins acharnée, entre les informations données par les organisateurs et celles publiées par les services de police. Dans certains cas, c’est du folklore, notamment lorsqu’il s’agit de cortèges syndicaux où la CGT n’a pas froid aux yeux pour annoncer des nombres délirants.

Les choses se corsent quelque peu quand l’enjeu est plus important (le visage d’un pays ou d’une société) et lorsque les organisateurs se donnent tous les moyens pour établir un décompte précis et réaliste, à l’appui d’une méthodologie transparente – ce qui n’est pas le cas des autorités publiques qui publient des chiffres officiels pouvant naturellement être en contradiction de ceux qu’elles connaissent en interne par leur propre méthode.

Ici, pour le dimanche 6 octobre 2019, la préfecture de police de Paris a annoncé le chiffre de 42 000 manifestants réunis à Paris sur la journée. Les commentateurs n’ont pas manqué d’écarter ce décompte trop osé, d’autant plus que les conversations et décisions conjointement menées et prises au cours du parcours entre les organisateurs et les services de l’État ont fait été d’un rassemblement largement supérieur à ce qu’attendaient les bureaux de renseignement (environ 200 000 personnes). Exemple : le point de départ était encore saturé au moment où la tête de cortège arrivait à l’arrivée, place du 18-Juin, si bien que la préfecture a ouvert en urgence un parcours de désengorgement ayant eu pour résultat de quasiment tripler la distance de la manifestation, ce qui tend à accréditer le minimum de 600 000 manifestants avancé par La Manif pour tous, dont les 50 000 drapeaux ont été tous distribué au bout de 30 minutes de manifestations.

Un cabinet privé a de son côté dénombre 74 500 manifestants de « Marchons ensemble ». Cependant, cette entreprise Occurrence entretient des liens bien connus avec Emmanuel Macron et ses cercles de pouvoir, de sorte que ses conclusions ont pu être facilement mises en doute. En outre, sa méthodologie était inapte à prendre en compte l’itinéraire de délestage ouvert une heure après l’ébranlement du cortège.

De leur côté, les organisateurs de La Manif pour tous ont évoqué le dépassement des 600 000 manifestants. Si ce nombre semble un peu haut, il est en revanche possible que le demi-million de manifestants ait été dépassé.

Les conséquences de cette première mobilisation

Pour rappel, en 2013, les manifestations contre la loi Taubira avaient pour plusieurs compté parmi les plus importantes jamais organisées en France. Elles avaient commencé en octobre 2012 avec des rassemblements régionaux dont le nombre total de participants était très loin d’atteindre celui de dimanche dernier à Paris. Ce fut une première surprise de taille, à la fois pour le gouvernement et pour les organisateurs, lesquels ne s’attendaient pas à un début si puissant.

En bref, il s’est agi d’une véritable manifestation de force dont les conséquences principales sont doubles : elle fait beaucoup parler dans les arcanes du pouvoir quant à la méthode à suivre pour les semaines et mois à venir, tandis qu’elle a regonflé le moral et l’assurance des opposants à la nouvelle PMA (c’est ainsi que le député Emmanuelle Ménard a pu saisir la Cour constitutionnelle contre un vote curieusement mené par Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale). Ces derniers pourront de plus jouir au sein de l’opinion publique d’un soutien beaucoup plus large que lors des débats autour de la loi Taubira (où la coupure était probablement de 50-50, même si les disparités étaient énormes entre les Français de conviction religieuse d’un côté et les apostats de l’autre, mais aussi entre les métropoles et les campagnes).

La mobilisation a attiré tous les militants traditionnels de La Manif pour tous, mais aussi plus largement. L’Église qui est en France a répondu présent, avec des évêques et de nombreux curés ou prêtres. Des gilets jaunes ont été aperçus, tandis que plusieurs personnalités politiques étaient présentes, avec par exemple le discours suivi d’Agnès Thil. Furent également aperçus Nicolas Bay ou encore Guillaume Larrivé. Le photographe William Vallée a magnifiquement suivi la journée. L’ensemble s’est caractérisé par son calme et son ordre.

Du point de vue de la composition du cortège, les Franciliens étaient infiniment majoritaires. Les provinciaux étaient peu nombreux, même si les représentants lyonnais ont pu se faire avantageusement remarquer. Ensuite, seules les provinces les plus proches (Bretagne, Normandie, Picardie, Berry) étaient représentées. Cela signifie que le mouvement de contestation jouit encore d’un réservoir inouï de mobilisation : outre les indécis ou peu motivés d’Île-de-France, il pourrait encore compter sur, grosso-mode, toute la moitié méridionale du pays, à peu près totalement absente de la journée de dimanche dernier.

Dans un contexte où les taxes foncières seront prélevées le 15 octobre 2019 (sans mensualisation possible) et où certaines taxes d’habitation s’annoncent salées, entre quelques autres circonstances conjoncturelles possibles (nouvelle hausse du prix du pétrole ?), la fin de l’année 2019 pourrait pour le gouvernement s’avérer encore plus difficile à gérer que la novembre-décembre 2018. Une certaine convergence des luttes est possible, et surtout une grande fracture entre métropoles et ruralités, que les attentats et débats sur l’immigration pourraient continuer d’attiser. La colère des paysans peut aussi s’y greffer.

S’il est vrai que l’attentat de la préfecture de police de Paris (dont certains éléments apparaissent à juste titre scandaleux) a largement éclipsé dans les tribunes médiatiques la contestation du 6 octobre, ce n’est sans doute que pour être d’autant plus marqué par la prochaine mobilisation, qui devrait s’annoncer pour le 1er décembre 2019.

3 pensées sur “6 octobre 2019 : une première mobilisation réussie contre la nouvelle PMA”

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