Il y a quelques jours, en Suisse, la chaîne RTS a diffusé une entrevue avec le politicien français François Fillon, candidat malheureux aux élections présidentielles de 2017. Nous n’allons pas paraphraser son contenu, mais – bien au contraire – tirer les enseignements généraux nécessaires, qui ne sont guère réjouissants.

Un Fillon réellement macroniste ?

Sur le principe, François Fillon se place en tiers, se voulant « libre » dans ses propos et dans son attitude. Il revendique son appartenance à la droite et laisse penser qu’il avait des réponses différentes que celles d’Emmanuel Macron.

En revanche, si nous allons plus loin, nous remarquons que François Fillon flatte la politique du gouvernement en place et s’inscrit totalement dans la logique des cercles de pouvoir, affichant au passage sa propre démagogie passée.

Il y a trois grandes explications possibles à cela…

  1. Soit il épouse lui-même les idées actuellement au pouvoir.
  2. Soit il fait en sorte de vaguement les soutenir pour espérer de la part du pouvoir de la clémence lors de son procès qui devrait bientôt se tenir.
  3. Ou alors une combinaison de ces deux possibilités.

Les hommes d’État, de la République qui plus est, restent toujours les mêmes…

Une campagne des primaires et des présidentielles de type théâtral

Lors des primaires de la droite, François Fillon a tenu un discours qui a plu. Il l’a en partie conservé lors des élections présidentielles, où il a réalisé un score assez honorable (un cinquième des suffrages exprimés) si on considère le battage (l’abattage ?) médiatique dont il a été l’objet et le nombre d’affaires qui lui ont été collées sur le dos.

On remarquera cependant que Fillon, devant la Radio-Télévision Suisse (RTS), a osé critiquer le mouvement des Gilets jaunes en disant qu’il n’était « pas grand-chose » avec « maximum cent cinquante mille ou cent quatre-vingt-mille personnes dans toute la France à manifester ».

Deux remarques majeures s’imposent ici…

  1. François Fillon méconnaît totalement l’ampleur du mécontentement global et du mouvement des Gilets jaunes : dans mon entourage étendu, je ne connais personnellement que DEUX personnes ayant officiellement pris part à une manifestation de Gilets jaunes (une seule je crois, qui plus est), mais en revanche je ne connais PAS UNE SEULE PERSONNE qui n’ait eu une sympathie plus ou moins profonde pour cette fronde, la regardant avec intérêt et attendant ce je-ne-sais-quoi pour bouger, en fondant de solides espérances et en arborant un fier gilet jaune au pare-brise, geste presque universel et totalement spontané (pas de conformisme ou d’intimidation) en territoire rural, à commencer par moi-même.
  2. Fillon contredit son discours de 2016-2017 où il prétendait, après avoir arpenté la France « profonde », avoir senti la colère et le mécontentement, avec une majorité de ses concitoyens au bord de la révolte et de la fronde : ce n’étaient donc là que des mots en l’air, de la démagogie bien républicaine.

L’incurie de Fillon dans ces propos confiés à la RTS est stupéfiante, surtout à cette période de l’année. Il confond le mécontentement réel avec celui de façade (quand il fait référence à l’une de ses réformes).

Colère d’agriculteurs, renaissance a crescendo du mouvement des Gilets jaunes, manifestations massives contre la nouvelle PMA, ras-le-bol fiscal persistant au moment où vont se payer les taxes foncières et d’habitation, baisse continue du pouvoir d’achat, menaces d’interdire la corrida aux mineurs ou encore instruction obligatoire dès l’âge de trois ans (ce qui figurait au programme de M. Fillon, comme dans celui de Jean-Luc Mélenchon au demeurant) entre autres mesures vexatoires ou attentatoires à des libertés plus ou moins symboliques, attentats terroristes à répétition…

Simplement au passage : la menace sur la corrida m’a été apprise par hasard, par quelqu’un du cru à qui je ne connaissais pas cette passion (remontant à la lointaine époque des arènes de Toulouse !) et que je ne m’aurais jamais imaginé aussi remonté pour cela. Et c’est ce qui frappe ces derniers temps : le nombre croissant de personnes et de familles, d’horizons divers et variés, qui se préparent à « l’étape d’après », à un certain effondrement du système qui plairait à un San Giorgio. Il est fort probable que la proposition de loi Aurore Bergé entraînera une hausse de la fréquentation des arènes dans le Sud-Ouest et, si elle a le malheur de passer, une désobéissance civile en la matière, déjà évoquée par des locaux n’ayant pas assisté à une course de taureaux depuis des années.

François Fillon montre ainsi deux choses :

  1. Il méconnaît totalement la situation réelle de la France profonde et charnelle.
  2. Il appartient corps et âmes aux pseudo-élites urbanisées et défrancisées.

Le bon côté des choses, c’est que tous les braves Français qui auraient été tenter par la nostalgie et par le « Si nous avions eu Fillon… » savent désormais à quoi s’en tenir ! Fini les illusions !

2 pensées sur “Les enseignements à tirer de l’interview de Fillon par RTS”

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