Le mouvement des Gilets jaunes, jamais totalement terminé, pourrait très prochainement renaître de ses cendres, tel un phœnix politique

Ces derniers temps, nous avons déjà plusieurs évoqué le caractère potentiellement explosif de la situation de la France en cette fin d’année 2019. Après un temps de cécité, le gouvernement commence à s’en rendre compte.

Des projets gouvernementaux irréalistes

Tout a commencé comme si de rien n’était dans l’agenda élaboré par l’exécutif. Loi de bioéthique déjà lancée, annonce de la réforme des retraites, privation de nouvelles libertés (éventuelle interdiction de l’assistance des mineurs aux courses de taureaux, hausse possible des taxes pesant sur les alcools, etc.), fixation d’un objectif record d’amendes contre les automobilistes en 2020… On ne compte plus les maladresses !

L’inconscience des gouvernants s’explique cependant aisément, et même elle se comprend. D’une part, ils sont persuadés d’avoir raison, de détenir la vérité et d’imposer le bien, par magnanimité, même contre la volonté des concernés. D’autre part, la fracture est telle entre les métropoles libéro-vertes d’un côté et la France rurale ou charnelle de l’autre, que les cercles de pouvoir peuvent s’appuyer sur une grande partie de la population (urbaine ou urbanisée) et penser ne heurter aucun obstacle ou opposition sérieuse. C’est la conséquence de tous les ensembles de relations et fréquentations se tenant en milieu clos et hermétique.

Dans les faits, fin 2018 le mouvement des Gilets jaunes a placé une épée de Damoclès au-dessus d’un pays qui s’était mis comme en pause. Aujourd’hui, le mécontentement a commencé plus tôt dans l’année 2019 (le 6 octobre au lieu du 17 novembre). Il est également plus large : opposition aux manigances pseudo-bioéthiques, colère des agriculteurs, ras-le-bol face à l’islamisme et au terrorisme… puis reprise progressive du mouvement « Gilets jaunes », énervement des pompiers (et aussi de certains policiers), grèves illimitées annoncées contre la réforme des retraites…

Calmer la gauche et acheter les syndicats par les retraites

Or, la grande crainte du gouvernement est une coagulation des mécontentements. C’est pour cela que de nos jours la politique en République française ne consiste qu’à diviser et à entretenir une pluralité d’adversaires qui restent totalement imperméables et ennemis entre eux (du moins le plus possible).

Le calcul est simple. Les opposants à l’homosexualisme et à la dénaturation de l’être humain appartiennent à la droite chrétienne et traditionnelle.

Le mouvement des Gilets jaunes, plus populaire, est divisé entre une aile très frontiste et une aile très gauchiste – tout comme les pompiers ou les policiers qui ont daigné manifester. Ce sont trois ponts qui, s’ils ne sont pas gérés, pourraient aider à unir des forces originellement opposées ou disparates. S’il n’y avait qu’un seul pont, les risques seraient moindres ; mais de nouveaux ponts apparaissent au fil des mois, ce dont le gouvernement prend conscience.

Enfin, la grogne contre la réforme des retraites est principalement le fait, comme on le sait, des syndicats et partis très à gauche. Ce sont également eux qui, mieux organisés, animent les manifestations d’agriculteurs, qui pourraient cependant constituer un quatrième « pont » en finissant par mobiliser, en raison de l’ampleur des mécontentements, les paysans de droite. Mais un nouveau pont pourrait se faire jour : la descente des cadres aisés dans les rues, car leurs pensions pourraient en prendre un sacré coup. Ces gens-là ne sont pour la plupart pas descendus dans la rue depuis 2002 (Le Pen au second tour) voire 1984 (il fallait sauver les apparences face au monstre socialiste), seuls les cadres catholiques (très rares dans certaines régions) ayant manifesté en 2012-2013.

Ainsi, on pourrait retrouver dans la rue tous ces horizons divers ! Sans compter sur les inconnues : l’occurrence de nouveaux attentats à la portée symbolique importante pourrait attiser l’indignation. Dans une autre veine, le moindre « dérapage » (ou prétendu tel) en banlieue est susceptible d’embraser les périphéries urbaines et de créer des émeutes. Le gouvernement redoute un tel scénario, sur lequel il n’a à peu près aucune prise.

Que faire donc ?

Tout d’abord, le gouvernement va revenir sur son projet de réforme concernant les retraites des cadres. Seul un énorme changement à la baisse les ferait descendre dans la rue ; un petit rien les laissera comme toujours inactifs, d’autant plus qu’il serait alors facile de les dresser médiatiquement contre la révolution, la populace, etc.

Ensuite, le gouvernement va chercher à temporiser sur la réforme des retraites : elle n’est pas à un mois près ! Il en retardera probablement le vote définitif et l’entrée en vigueur, et révisera son calendrier d’augmentation de l’âge du départ à la retraite en fonction de l’année de naissance. Entre autres éléments, cela calmera la fureur des grévistes, tandis que les gouvernants sont déjà habitués à s’acheter discrètement les syndicats avec lesquels ils font comme chemise et cul.

Parallèlement, pour parachever le tout, les ministères pourront consentir quelques cadeaux aux policiers (comme fin 2018 lors de la crise des Gilets jaunes), aux pompiers et aux urgentistes. Cela calmera la population un certain temps, avec toujours plus de dette, mais la colère rejaillira d’autant plus fort par la suite…

Une pensée sur “Retraites : prenant peur, le gouvernement prêt à temporiser”

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