Encore une fois, et cela est arrivé plusieurs fois au cours de ces dernières décennies, le voile islamique fait la polémique. À travers lui, certains vont jusqu’à s’attaquer à l’ensemble des symboles religieux (hormis ceux des religions « autorisées » ou reconnues que sont la République, le satanisme, etc.). C’est l’occasion ou jamais de rappeler pourquoi il est totalement impossible de traiter de la même façon la croix et le voile islamique, ou encore le voile des religieuses et celui des musulmanes. Les appels à la laïcité, à la neutralité religieuse de l’espace public ou encore à l’égalité de traitement sont des prétextes faussés, mettant à mal les principes fondamentaux du droit et le socle même de l’ordre social et civil : la propriété.

Brève histoire de la notion de propriété

Nous n’allons pas faire un cours sur l’histoire de la propriété à partir des travaux du professeur Hans-Hermann Hoppe, mais enfin, il est essentiel de rappeler quelques fondamentaux avant d’aller plus loin.

La propriété trouve son origine dans l’appropriation par un nouveau propriétaire de biens jusque-là non possédés par personne. Cela est vrai pour la propriété privée (qui n’est pas, dans l’absolu, forcément individuelle : elle peut aussi être familiale, d’entreprise, etc.), mais également pour la propriété « en commun » : les chemins et routes de jadis étaient le fruit d’une appropriation commune à plusieurs familles ou communautés, qui les constituaient ensemble, par la corvée, etc., à partir de biens non possédés jusque-là ou concédés à cet effet par plusieurs parties prenantes.

Dans ce schéma historique, la propriété publique n’apparaît que tardivement. D’un point de vue théorique, elle est une monstruosité de l’intellect. C’est ce que les économistes et philosophes façon Hoppe montrent depuis longtemps. Mais elle est aussi une réalité, surtout à notre époque, reposant malgré tout sur les principes de base de la propriété – sans quoi elle se saperait elle-même, ce qui lui arrive effectivement à différents égards.

Le droit de servitude est inhérent à la notion de propriété

L’un des corollaires du droit de propriété est la servitude. Le terme est d’ailleurs très amusant dans le contexte actuel, puisque nous sommes partis du voile islamiste, rappelons-le… Passons. Les propriétaires rechignent souvent contre les servitudes, mais c’est une erreur fondamentale, héritée d’un point de vue totalement biaisé sur la notion de propriété (dont on méconnaît la vocation sociale), malheureusement dominant aujourd’hui (d’où les empiétements de la propriété publique même contre les servitudes pesant sur l’espace public).

En réalité, les propriétaires subissant des servitudes profitent eux-mêmes de très nombreuses servitudes qui leur sont favorables. Il est impératif d’en avoir conscience pour éviter le totalitarisme étatique (il est malheureusement peut-être trop tard).

Prenons un exemple parlant, que les Français expérimentent (presque) tous les jours. Les routes étaient jadis une possession « en commun ». Elles ont ensuite été nationalisées, pour tomber dans l’escarcelle de la propriété publique, la plus récente des trois formes de propriété. Une servitude s’est alors créée : toutes les personnes ayant l’habitude de cheminer par ces voies conservaient le droit de continuer à les utiliser, pour elles et pour leurs descendants. Au passage, cela remet en cause la création de péages sur des tracés qui existaient déjà ou encore l’imposition d’un stationnement payant là où les riverains l’avaient toujours connu gratuit… sauf à considérer ces décisions unilatéralement publiques comme étant prises avec la volonté des victimes (c’est le revers de la « représentation », de la souveraineté nationale, etc.

Cela me rappelle également le cas d’un particulier qui, pour vendre la maison de ses parents défunts bordée par une voie communale, en pleine campagne, s’était démené pour la faire officiellement détourner et pour la privatiser. Peine perdue lui dirait un notaire avisé : servitude il y aura, toutes les personnes qui avaient l’habitude de passer par là pourront continuer d’y vaquer (ainsi que leurs descendants ou les nouveaux/futurs propriétaires de leurs maisons ou exploitants de leurs terres), et condamner ce passage exposerait le propriétaire désormais privé à des poursuites judiciaires. Mais ce n’est pas la commune qui allait s’opposer à la privatisation, car cela l’exemptait d’un peu d’entretien tout en augmentant un tant soit peu ses ressources foncières…

Les symboles religieux sont-ils concernés par ces notions de propriété et de servitude ?

Beaucoup pressentent que la croix, ou même la kippa, n’a pas à être prohibée dans l’espace dit « public » en France. Cependant, peu en appellent à la notion de propriété et à celle de servitude pour étayer cette position de bon sens, qui se heurte malheureusement aux barbelés du laïcisme.

Or la propriété publique est née alors que l’espace « commun » permettait la libre circulation de croix, soutanes, voiles de religieuses, habits religieux, etc. Certaines propriétés publiques sont même issues, on ne le sait malheureusement que trop, de propriétés religieuses. Cela est si vrai que l’espace public qui s’en est créé en France n’a pas eu la velléité de se passer des signes séculaires, sauf lors des périodes de totalitarisme assumées (Révolution française et autres révolutions) ou ne disant par leur nom (les années 1905-1906 en certains lieux par exemple : Julien Green explique dans son Journal avoir été marqué, très jeune enfant venant des États-Unis, par l’image d’un prêtre en soutane jeté dans la Seine par de zélés et fanatiques laïcistes).

Le problème actuel ne se pose donc qu’avec l’arrivée du voile islamique qui, contrairement à son pendant des religieuses chrétiennes ou des paysannes modestes, ne jouit d’aucune antériorité par rapport à la constitution de la propriété publique (et de son corollaire l’espace public) ni d’aucune servitude dessus. Au contraire, des juristes et historiens pourraient montrer que l’espace français s’était toujours constitué par opposition aux signes islamistes (le cas est encore plus probant en Espagne…).

Malheureusement, les atteintes portées par l’État à ce fait sont terribles et déjà nombreuses. Les crèches sont par exemple administrativement sanctionnées dans les lieux publics, contre le droit même. Un député portant la soutane ne pourrait plus pénétrer au palais Bourbon, alors même que cette assemblée à été présidée, il n’y a pas si longtemps que cela, par un chanoine à « la soutane de course » : le chanoine Félix Kir, doyen de l’Assemblée nationale, du temps de Charles de Gaulle. À terme, les églises elles-mêmes pourraient être visées, comme le sont les calvaires, statues, etc.

La (fausse) jurisprudence actuelle de l’État est de tolérer les éléments qui sont déjà présents, et éventuellement leur remplacement. C’est une perception minimaliste de la servitude, purement patrimoniale/monumentale. L’installation d’éléments nouveaux n’est ainsi plus acceptée par les magistrats républicains, quand bien même ils appartiennent à un genre qui dispose d’un droit de servitude. Et c’est là le problème : bientôt, rien n’empêchera non plus ces extrémistes de remettre en cause les éléments déjà présents, comme les pouvoirs islamistes l’ont fait sous d’autres latitudes, arrivant après les chrétiens, détruisant leurs symboles et ravalant leurs lieux de culte au rang de bâtiments à peine reconnaissables. C’est pour cela qu’il est urgentissime de remettre les pendules à l’heure !

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