Un (involontairement) intéressant billet publié par Valeurs Actuelles le 17 octobre 2019 et signé Frédéric Saint-Clair nous permettra de gloser tout en montrant que, même les opposants urbains de Macron sont sur la même longueur d’ondes.

Oui à Ménard, non à Saint-Clair

Nous ne connaissions ni ne connaissons Frédéric Saint-Clair. Il écrit bien et présente des analyses loin d’être dénuées d’intérêt. En revanche, à le lire, il semble peu probable qu’il soit un Méridional d’une part, ni même un rural d’autre part.

Robert Ménard est quant à lui maire de Béziers et ancré dans un Sud pourtant largement atteint par les maux contemporains (contrairement au Sud-Ouest, davantage préservé face aux substitutions de populations, quoi que cela change rapidement). C’est un Bas-Languedoc où la tradition communale est très ancienne, et où elle s’est très bien passée de tout texte écrit pendant des siècles. Il n’est pas spécialement enraciné dans cette région, mais il est issu d’un groupe qui a aimé la terre qu’il a travaillée et qui s’est retrouvé coupé de ses racines de forces, à son corps défendant, principalement à cause de la trahison, de la lâcheté et du mensonge. Cela rend nombre de ses membres très attachés à leurs nouvelles racines, très alertes face aux potentielles trahisons de l’intelligentsia et très conscientes des enjeux liés à l’immigration (y compris ses répercussions sur les populations locales).

Saint-Clair identifie de mauvais problèmes et passe à côté du réel quand il écrit cette incroyable amorce : « À part Robert Ménard, qui estime plus important de s’engager politiquement pour les élections municipales plutôt que de penser la chose politique – croyant peut-être que ravir la mairie de Trifouilly-les-Oies aura un impact sur le quotidien des Français – chacun sait que dans ce pays de tradition jacobine, pour que les choses changent, c’est à l’Élysée qu’il faut entrer. Les élections municipales de mars 2020 auront un impact local, ce qui est naturel pour des élections locales. Mais que peut faire un maire face au terrorisme, à la résurgence islamique, à l’afflux de migrants, à la désertification des territoires, à la destruction du tissu économique, à la disparition des services publics, et notamment de santé ? À cet égard, la vraie date, la seule date, significative politiquement, c’est 2022. »

Adieu la République…

De fait, même quand on vote Le Pen, blanc, NDA ou Fillon on peut très bien appartenir aux cercles de pouvoir. Frédéric Saint-Clair a raison, au sens où il pense comme la majorité des gouvernants, citadins et personnes impliquées dans la politique et les médias ; et peut-être même comme la majorité de la population de l’Hexagone (si et seulement si les populations immigrées pensent ainsi). Mais il a totalement tort de croire que « la chose politique », comme il l’écrit, est contradictoire avec la municipalité d’un Ménard. Au contraire, elle y est beaucoup plus attachée ; c’est avec l’État qu’elle fait mauvais ménage, comme on peut le voir depuis deux siècles.

Robert Ménard se prépare, comme beaucoup de ruraux en général et de Méridionaux en particulier, à l’après. Ne serait-ce qu’inconsciemment il a compris que les métropoles étaient déjà perdues. Il ne se le dit pas, mais en pensant d’abord aux municipales il invite sans le savoir, en quelque sorte, à préparer la sécession plutôt que de subir la fragmentation qui est déjà présente et palpable en germes. Oui, car aujourd’hui le salut des patries réelles encore relativement saines (c’est-à-dire vivantes, mais terriblement blessées) ne peut passer que par leur séparation d’avec la tête pestiférée.

C’est un écho aux paroles prophétiques du professeur Hans-Hermann Hoppe il y a vingt ans, évoquant les frontières ouvertes, l’immigration de masse et l’ « intégration forcée » (miroir de la désintégration obligatoire des autochtones), mais aussi les migrations internes au territoire nationale. Lui, si farouchement opposé à la notion même d’État (en tant que détenteur d’un monopole de la prise de décision en dernière instance) sur le principe, en venait même à l’accepter dans la constitution de petits États territoriaux épousant les patries réelles, façon petits cantons suisses : la Lombardie aux Lombards, etc.

« Mais que peut faire un maire face au terrorisme, à la résurgence islamique, à l’afflux de migrants, à la désertification des territoires, à la destruction du tissu économique, à la disparition des services publics, et notamment de santé ? » Tous ces problèmes sont nés sous l’égide de l’État, qui les a créés ou laissés faire ; les maires, même les plus fous, n’auraient jamais pu arriver à ce résultat sans les moyens de l’État. Devant l’effondrement de l’État, les causes de ces maux disparaîtraient d’elles-mêmes (y compris, malheureusement, par la constitution de républiques islamistes qui ne seront que plus puissantes à l’arrivée si la structure étatiste actuelle perdure). Ce n’est pas le producteur congénital des maux qui y mettra fin… Au contraire, la prudence incite à revenir aux institutions antérieures qui n’avaient jamais créé de tels malheurs. Les analystes façon Saint-Clair, devant la récidive inévitable de l’État, finiront par en appeler à pire : le super-État, c’est-à-dire l’Union européenne fédérale et souveraine après avoir élargi le plus possible le champ de l’État français (et toujours au prétexte de la désertification des territoires – principalement due à la dérive fiscale inhérente aux États ainsi qu’à leurs monopoles éducatifs –, de la sauvegarde des services publics, de la protection des citoyens, etc.).

Quant à la disparition des services publics et de santé, elle est bien réelle depuis des années, et les populations touchées s’en accommodent de plus en plus, et même fort bien, préférant leurs libertés à ces trous.

Les rares campagnes vivantes ne drainent qu’une infime partie de la population, mais une population qui reprend en vigueur physique, démographique et ouvrière. C’est bien un ensemble d’« archipels français » qui ont commencé de se constituer il y a une dizaine d’années. Ces campagnes s’arment et se préparent à l’après, foyer après foyer, même du côté de ceux que l’on n’attendait guère sur ce terrain.

La fragmentation par le parler

L’œuvre d’unification linguistique de la IIIe République, réalisée à l’aide d’école obligatoire, de service militaire et d’assistance préalable involontaire (mais réelle et malheureuse) de nombreuses congrégations religieuses ayant cru que l’invention humaine qu’est l’école pouvait remplacer l’institution divine de la famille, monolinguisme ayant en grande partie détruit les traditions locales et creusé un fossé entre les générations, véritable crime contre l’humanité, est irréversible.

Pourtant, à l’heure même où les échanges sont permanents et la production d’écrits et de discours continue, alors que cela semblait impossible, l’Hexagone se fragmente linguistiquement parlant.

Bien sûr, il existe les enclaves, avec leurs dialectes ethniques, etc. Mais au sein même des populations dites « blanches » des cassures se font jour. Il y a tout d’abord les cercles de pouvoir et journalistes utilisant des expressions vides de sens pour les Français charnels : « fracture territoriale », « solidarité nationale », « pacte social », « transition énergétique », etc. Puis il y a les mots qui revêtent des sens totalement différents chez les uns et chez les autres : « liberté(s) », « sécurité », « travail »…

Plus largement, le parler des banlieues, les néologismes à base d’anglicismes et le verlan séparent une partie des classes populaires urbanisées de beaucoup d’autres Français. Il y a plus loin entre le citadin de start-up et le rural enraciné qui votent pour le même candidat, qu’il n’y a de distance entre ce premier et les communautés haineuses de leur pays d’accueil. Et ce n’est pas fini…

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