N’oubliez pas de lire, si ce n’est déjà fait, la première puis la deuxième partie de notre lecture consacrée à la biographie André Tardieu. L’incompris, par Maxime Tandonnet.

Il est vrai, la Grande Guerre marque un tournant pour Tardieu qui, ayant droit à un traitement de faveur en raison de son âge et de sa toute récente « qualité » (pensons à Barrès !) de député, préfère l’honneur du combattant. Bien moins longtemps que la plupart des jeunes ruraux, certes, mais il s’est indéniablement illustré. Surtout, il côtoie autre chose que le gratin frelaté parisien, même s’il semble s’être fait des compagnons de débauche plutôt que de saines amitiés provinciales et campagnardes. Mais il reprend bien vite une guerre uniquement de plume et de mots, prenant ensuite du service gouvernemental aux États-Unis, où il succombe évidemment au rêve américain, en bon républicain français qui se respecte et trouvant l’herbe plus verte chez le voisin…

Il a cependant bien compris que l’enlisement de la guerre de positions devait voir sa fin par une nouvelle alliance, un apport de forces neuves et décisives, de façon d’autant plus impérieuse que la défection russe appelle urgemment un allié de substitution plus puissant, dans le cadre d’une collaboration plus étroite. Il n’a toutefois rien vu des motivations profondes des Américains, et ce jusque dans le traité de Versailles et son application – ou non-application ? Pareillement, le rôle exact du colonel House dans les réseaux occultes des Yankees semble lui avoir échappé, de même qu’à son biographe qui, en outre, se garde totalement d’évoquer le traité de Trianon. Un silence coupable qui découle d’une adulation indue pour la sinistre personne de Georges Clemenceau, qui a fait de la guerre un exutoire de sénilité comme d’autres aigris le font en se plongeant dans les relations libidineuses les plus abjectes.

Le « Tigre », de triste mémoire, restera le prolongateur du conflit par le refus d’une paix séparée avec les Habsbourg en 1917, le destructeur de l’Europe belle et charnelle, ainsi que l’artisan de la deuxième guerre mondiale, moins par les traités de 1919 (où Tardieu aurait au moins pu deviner les véritables désirs des cercles de pouvoir américains) que par ceux de 1920 dont les conséquences sont d’ailleurs loin d’être aplanies à l’heure actuelle. Autant dire qu’ici encore André Tardieu s’est trompé sur toute la ligne, et c’est à peine s’il nous apparaîtra sympathique lorsque dans les années 1920 il se heurte aux manipulations et déboires électoraux : le juste châtiment et le dégoût paradoxal du petit démocrate, en somme !

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