La contemporanéité impose l’école presque comme une évidence. C’est en tout cas une habitude, une routine.

Nous sommes quasiment tous d’accord pour déplorer les graves manquements, abus, déficiences et erreurs de l’Éducation nationale (nom ministériel emprunté à l’Italie fasciste de Mussolini, rappelons-le…) dans différents domaines. Pour les fuir, beaucoup se réfugient vers des établissements plus ou moins privés, plus ou moins indépendants… Il existe même une fondation pour les structures de ce type. Mais si ce n’était qu’un leurre ? Et si le modèle scolaire était tout bonnement, intrinsèquement, un piège ?

Mais qui donc a inventé l’école ?

C’est bien à tort que l’on veut parfois voir en Charlemagne l’inventeur de l’école. Les écoles étaient alors religieuses, et l’instruction reçue à la cour des rois mérovingiens puis carlovingiens relevait d’un modèle domestique.

On trouvera cependant, en s’en rapportant aux travaux d’Henri-Irénée Marrou, des écoles proprement dites dans l’Antiquité, chez les Grecs et les Romains. Elles étaient toutefois le fait d’une certaine classe sociale, et de parents souhaitant se débarrasser plus ou moins ouvertement de leurs encombrants enfants.

Par la suite, lorsque qu’au Moyen Âge central les monastères bénédictins des rives de la Loire ont ouvert les uns après les autres, par effet de mode en quelque sorte, une schola exterior pour les laïcs et futurs laïcs à côté de la bonne vieille schola interior déjà existante, ils les ont définitivement fermées, sans appel, au bout de quelques décennies seulement… C’est un signe parlant de lui-même, bien que les commentaires contemporains directs manquent ; le fait parle cependant suffisamment de soi.

Et c’est finalement la Réforme qui aura instillé dans la Chrétienté des écoles proprement dites. Nous ne parlons pas des petites écoles » paroissiales, aux mains du curé ou du vicaire, où il s’agissait d’apprendre à lire, écrire, compter en plus de connaître la doctrine. La charge horaire en était dérisoire ; c’était du catéchisme, selon un modèle qui a longtemps perduré en Espagne, pays considéré comme étant le plus lettré (au sens latiniste) d’Europe au moment où éclatait la Révolution française, si l’on en croit Maurice Rubichon.

Les désastres scolaires se multiplieront-ils encore longtemps ?

Nés avec la modernité, principalement à partir du XVIe siècle, les collèges et assimilés n’ont heureusement pas concerné l’ensemble de la population. Justifiables pour un public de clercs et de futurs ecclésiastiques, à la façon des petits séminaires, ils ont malheureusement été des pépinières de laïcs qu’ils ont coupés de leurs racines et de leurs familles. Ces collèges, auxquels monseigneur Jean-Joseph Gaume reprochait de privilégier trop d’enseignements antiquisants païens, ont formé des générations entières de gallicans, de jansénistes, de francs-maçons, de révolutionnaires… puis de libéraux et de modernistes, sans aller jusqu’aux « néo-» ni évoquer la perversion générale des esprits aujourd’hui.

Comme l’abbé Roquette de Malviès le rappelait si bien à la fin du XIXe siècle, Dieu a créé la famille (avec tous les moyens d’assumer la génération aussi bien que l’éducation des enfants) ; pas l’école. Cette dernière petite république, qui ne connaît ni aînés ni cadets, qui ne veut ni nobles ni roturiers, qui ignore les familles et bien souvent les enracinements géographiques, continuera de produire ses effets délétères si les Français ne cessent pas de s’y abandonner.

Aucun relèvement n’est à espérer si ce mirage scolaire n’est pas tôt dissipé ; ainsi, l’école ne serait pas simplement un accident de l’Histoire (plutôt récent dans le cours de l’humanité), mais un piège diabolique.

Des petits séminaires, oui ; des écoles laïques (car c’est ce que sont réellement les établissements dits « indépendants », « hors contrat » ou « de Tradition »), non.

La IIIe République a été sans pitié à l’égard des établissements congréganistes, principalement masculins, peut-être pour éviter le contact entre enfants et religieux. Sa postérité, aujourd’hui, est infiniment moins frontale ; on peut donc supposer que la situation actuelle joue en réalité en sa faveur, même si certains se saignent financièrement pour avoir l’impression de « résister ».

Une pensée sur “Faut-il vraiment composer avec l’école ?”

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